Décès du Cardinal Etchégaray début septembre Enregistrer au format PDF

Mardi 17 septembre 2019
0 vote

Le cardinal Etchegaray et l’esprit du concile Vatican II

Roger Etchegaray nous a quittés ? Je perds un frère et un ami… mais plus encore un compagnon sur les routes de ce monde. J’ai connu Roger lors du concile Vatican II. Il était jeune secrétaire adjoint de l’épiscopat et j’étais jeune secrétaire particulier auprès du futur archevêque de Paris, Mgr Pierre Veuillot. Nous avons vécu la dernière session du Concile œcuménique qui rassemblait, à Saint-Pierre de Rome, les 2 500 évêques catholiques venus de tous les pays du monde. Nous étions à l’automne 1965.

Jeunes prêtres français porteurs d’une expérience missionnaire sous l’impulsion vigoureuse du cardinal Emmanuel Suhard qui, dans les années quarante, avait secoué l’Église blessée par la guerre et l’effondrement de la société tout entière. Notamment par l’engagement de nombre de prêtres qui avaient un ministère dans le vaste monde du travail professionnel. Beaucoup à cette époque vivaient comme une nouvelle Pentecôte !

Poursuivre autrement l’épopée des missionnaires

Basque convaincu, le cardinal avait le génie du contact fraternel et de l’ouverture universelle. Pendant le Concile il fut un homme de liaison et d’unité. Il travailla aux études et à la rédaction de l’ultime déclaration sur la liberté religieuse… alors que plusieurs pays étaient sous des persécutions chrétiennes, notamment sous la tutelle de pouvoirs communistes.

Il incita fortement les catholiques français à vivre frontières ouvertes et à poursuivre autrement l’épopée des missionnaires des siècles passés.

Il avait un frère prêtre, membre de la Mission de France, qui fut prêtre-ouvrier engagé. C’est au Concile que fut reconnu ce ministère nouveau d’incarnation évangélique des prêtres par le travail professionnel.

Nous étions l’un et l’autre en novembre 1965 à Rome auprès des pères Liénart, Marty, Veuillot, etc., pour faire voter par le Concile l’engagement des prêtres missionnaires de l’Évangile en étant à part entière prêtres par le travail ouvrier. Il fut prélat de la Mission de France de 1975 à 1982. Je le fus moi-même en 1995. Aujourd’hui encore cette orientation heureuse demeure.

le « globe-­trotteur » du pape

Pendant le Concile, Roger Etchegaray, avec toujours le futur cardinal Pierre Veuillot, travailla à la mise en collaboration et travail commun la Conférence des évêques de France. Quelques années archevêque de Marseille, Jean-Paul II l’appela auprès de lui en 1984 à Rome. Il y resta jusqu’à sa retraite…

Il devint le missi dominici, disons le « globe-­trotteur » du pape. Souvent dans des situations politiques dramatiques comme au Rwanda. Il fut l’initiateur de la rencontre de toutes les « Religions » de par le monde auprès de saint François à Assise.

Je suis allé souvent le visiter à Rome. Je me souviens de ce repas chez lui… À un moment, il se leva et alla vers une armoire forte secrète qu’il ouvrit et me dit : « Tu vois ici, dans ces dossiers, il y a mes notes personnelles de tous les voyages que le pape m’a confiés. J’ai servi le monde entier et la paix. Je suis connu par beaucoup d’évêques et bien des personnalités qui gouvernent le bateau planétaire toujours autant secoué et qui frôle encore des guerres possibles. La Paix doit être notre devoir journalier. » Je garde ce message. Nous sommes encore des vétérans et portons le cri de Paul VI : « Plus jamais la guerre, plus jamais », lors de son premier séjour à l’ONU.

J’ai 90 ans. J’ai vécu cette longue période avec nombre de témoins admirables. J’ai la conviction que nous sommes encore à l’aurore d’un concile Vatican II qui n’a pas encore donné le meilleur de lui-même, qui attend encore la conversion de tous les chrétiens du monde entier. Etchegaray et moi et d’autres, nous prions pour rendre grâce et pour inviter les jeunes générations à recevoir le Concile comme vraiment une invitation au travail apostolique.

Avec la jeunesse de l’ami basque ! Merci.

Georges GILSON

Evêque émérite de la Mission de France
Archevêque émérite de Sens et d’Auxerre

source : blog de Denis Chautard