Témoignages de paroissiens d’Erquy-Fréhel Enregistrer au format PDF

Vendredi 15 mai 2020 — Dernier ajout jeudi 14 mai 2020
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Funérailles et temps de confinement

La faible fréquentation imposée pour les cérémonies de funérailles pendant le confinement a engendré spontanément un climat inhabituel par son intensité, climat très fortement ressentie sur deux axes particuliers engendrés par l’aspect confidentiel de la cérémonie :

L’un interne, entre les membres de la famille présents, vivant une séparation débouchant volontairement sur le partage familial de la peine ; et l’autre entre la famille et le rôle de L’Église très fortement amplifié dans sa réceptivité par la famille en deuil parce que recherché, inattendu et donc apprécié.

La spontanéité et la profondeur des remerciements qui se lisent en silence dans les yeux en l’absence de tout rapprochement physique résument ces particularités.

Claude, Erquy

J’ai eu l’occasion de conduire deux cérémonies de funérailles, seul, la première fois, avec une assistance d’une vingtaine de personnes et la deuxième fois, avec huit personnes. Le souci des familles était que l’absence de chorale et la dimension de confinement accentuent la douleur du deuil.

Si j’ai pu échanger, en personne, avec la première famille, toute l’organisation pour la deuxième famille s’est faite à distance via internet et téléphone.

Il a donc fallu les rassurer et construire une cérémonie qui alternait des chants enregistrés sur l’ordinateur et des chants à capella assurés par moi-même.

La participation de la première famille à la cérémonie en lisant les lectures fut un moyen de les associer pleinement à la cérémonie et de partager leur deuil en famille, en l’absence de la communauté paroissiale.

Les familles étaient peut-être plus sensibles au message d’espérance et à l’importance de la lumière du Christ qui illumine notre obscurité dans des moments de chagrin et d’incertitude, au vu de l’ambiance nationale.

Les deux familles se sont dit très satisfaites de l’intimité des cérémonies qui ont permis de rendre hommage aux défunts.

Adrian, Fréhel

Dès la deuxième semaine de confinement, des obsèques ont été organisées à Erquy.

Le climat était très suspicieux et les multiples recommandations martelées, pour éviter de s’exposer au « danger » étaient nombreuses et créaient déjà une certaine appréhension, une certaine tension.

D’un commun accord avec lui, l’animateur pressenti, qui connaissait la famille, a préparé seul avec la famille la célébration. J’ai eu par la suite les renseignements nécessaires pour choisir le texte d’Évangile et bâtir un commentaire des textes choisis.

Mais le fait de ne pas avoir rencontré la famille m’a beaucoup gêné parce que j’avais été absent de la conversation concernant la vie sociale, familiale et professionnelle du défunt*, et de tout l’échange avec la famille permettant de découvrir une ambiance, un climat et, parfois même, d’être de connivence avec elle.

J’ai donc rencontré la famille sur le parvis de l’église au moment de l’accueil du corps du défunt. La situation m’a paru difficile parce que j’avais l’impression d’être parachuté, d’être extérieur à ce qui allait se vivre, et pourtant…

La célébration elle-même s’est bien déroulée mais dans une ambiance encore plus triste que d’ordinaire étant donné le petit nombre de participants, l’absence de chorale et d’orgue, l’absence d’amis et connaissances pour soutenir et accompagner la famille, bref le manque de chaleur humaine…

J’ai souvent mesuré l’importance de la rencontre des familles. Après cet épisode, il me paraît encore plus indispensable et même prioritaire, dans cette situation si particulière, de rencontrer la famille (guide de prière et animateur) pour créer avec elle un lien et partager leur peine et leur souffrance devant la mort d’un être cher. * mort naturelle

Jean, Erquy

Le temps de confinement imposé pour ne pas propager le virus nous conduit à modifier profondément nos habitudes, nous conduit à produire du nouveau dans notre vie quotidienne.

Ce qui nous invite à mettre en œuvre Mt 13,52 : Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

Tout d’abord, la vie spirituelle ne s’arrête pas et l’offre de recréer à domicile une « église domestique » est largement disponible. Ce temps de confinement est un temps privilégié pour redécouvrir cette remarquable prière de l’Église qu’est la prière des heures, elle nous permet de nous mettre à l’unisson de tous les chrétiens et d’élargir notre horizon.

Pour ce qui concerne les funérailles, il m’a fallu modifier la préparation de la cérémonie, l’adapter aux règles de « distanciation physique » pour que nulle personne ne se retrouve en danger. Il m’a semblé important de ne pas hâter le déroulement de la cérémonie pour que la présence d’une assemblée restreinte dans l’église ait tout son sens. Permettre aux différentes étapes de la liturgie de se dérouler en explicitant les signes qui aident à conduire la famille vers l’espérance qui nous habite, l’espérance de la Vie éternelle.

Pour les cérémonies préparées et conduites, j’ai eu le sentiment que les règles de confinement servaient de révélateur de la situation familiale vécue. Ainsi, par exemple, lors des funérailles d’une grand-mère, alors que tous les petits enfants ne pouvaient pas être présents, ceux présents ont branché leur téléphone portable dès le début de la cérémonie de façon à associer ceux qui n’étaient pas là au déroulé : traduction concrète de l’inventivité pour faire de ces moments douloureux un véritable temps familial, même si la présence physique était impossible. Les règles de ce temps de confinement imposent un recentrage sur l’essentiel, en se gardant de confondre « distanciation sociale » et « distanciation fraternelle ».

C’est à chacun d’entre nous d’inventer les manières d’être toujours plus proches de ceux que Dieu nous confie, c’est à dire tous nos frères.

Jean-Luc, Plurien