Solidarités retrouvées Enregistrer au format PDF

Mercredi 25 mars 2020
0 vote

Deux pigeons

Les deux pigeons se croisaient tous les jours
Ils habitaient dans le clocher de la tour.
En outre, comme ils étaient voisins d’étage
Ils s’entraidaient pour les courses ou le bricolage
C’était plusieurs fois par jour qu’ils se rencontraient,
Ils allaient chez l’un, chez l’autre et bavardaient.
A chaque fois c’étaient des embrassades
Et des moments de franche rigolade
La convivialité s’était établie naturellement
Il en était ainsi à tous les étages pareillement.
 
Quand ils s’envolaient de la tour
Ils se retrouvaient plus bas dans une cour
Où des graines et autres denrées
Étaient à même le sol éparpillées .
C’était là un grand marché ouvert
Pour les pigeons et leurs congénères.
Ils leur arrivaient de croiser sur ce marché
Des pigeons voyageurs, lointains étrangers .
Des échanges se faisaient entre eux,
Tous partageaient, ils étaient heureux.
 
Le pigeon est de nature pacifique
Qui jamais ne griffe ni ne pique .
Ceux d’ici étaient des plus paisibles
Aucun ne les eut pris pour cibles.
Mais un jour une maladie cruelle les frappa
Un virus infernal sur eux se propagea
Si l’un d’entre eux le portait sur lui
D’un frottement d’aile il l’avait transmis
Et son voisin à son tour le faisait suivre
Il était devenu impossible de survivre.
Si rien n’était trouvé d’ici la fin de l’année,
La population serait bientôt décimée .
 
Les chercheurs travaillaient d’arrache-pied
Et bien sûr ils allaient enfin trouver.
Ce virus serait découvert et anéanti
En attendant tous devaient être garantis.
On préconisa l’isolement et on se sépara.
Il était impératif de se saluer à dix pas,
Pour nos deux pigeons fini les roucoulades ,
Plus de battements d’aile, s’éloigner de ses camarades.
Tout les pigeons en étaient devenus conscients
Ils se sauveraient tous en se séparant .
Dans la tour Ils devraient se tenir à distance
Désormais les deux pigeons se croiseraient en silence .
 
Les échanges étaient impossibles entre clochers
Une relation toute nouvelle avait commencé.
Les pigeons s’appelaient de plus loin,
Prenaient des nouvelles de parents lointains .
Les plus anciens, les plus fragiles ,
Étaient devenus des pigeons d’argile.
Ils avaient connu la guerre et le confinement,
Aujourd’hui ils y repensaient en se taisant.
Quand une ambulance lançait sa sirène,
Ils l’encourageaient, battaient des ailes.
 
On allait inventer des solidarités nouvelles
Un mode de vie plus fraternel.
Les pigeons gagneraient en amitié,
Ils refonderaient leur société .
 
Et demain quand le cauchemar sera fini,
Deux pigeons changeront leur mode de vie.
Ils éviteront la facilité qui s’importe,
Ils profiteront du bonheur simple, devant leur porte.

G. Chervy - le 23 mars 2020

(un paroissien de notre communauté pastorale P.E.M.