Pentecôte ( A ) Enregistrer au format PDF

Dimanche 31 mai 2020 — Dernier ajout dimanche 14 juin 2020
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Chers amis, il me semble, qu’ à Jérusalem, le vrai miracle de la Pentecôte, que nous célébrons aujourd’hui, c’est le fait que « tous, nous entendons proclamer, dans nos langues, les merveilles de Dieu ».

16 ethnies sont mentionnées dans la liste des Actes des Apôtres. 16 langues différentes.
Chaque ethnie entend dans sa culture résonner l’annonce de la merveille qu’est la résurrection de Jésus le Christ.

Depuis la Pentecôte, l’Esprit Saint ne cesse de pousser l’Église à parler toutes les langues de la terre, de l’arabe au chinois, c’est-à-dire à traduire le cœur de la foi chrétienne dans l’histoire et le génie propre de chaque peuple.

  • Déjà l’Esprit était à l’œuvre dans la traduction de la Torah juive : passer de l’hébreu au grec n’a pas été évident pour faire admettre aux juifs trop attachés à l’hébreu que le grec pouvait également transmettre l’ inspiration divine.
  • Ensuite le passage du grec au latin a été également un sacré combat dans l’Église d’Occident des premiers siècles. Le clergé savant de Rome trouvait le latin trop vulgaire pour s’abaisser à l’utiliser dans la liturgie. Seul le grec, pensait-on, convenait à la célébration des merveilles de Dieu ! Heureusement, le besoin de nourrir le peuple dans sa langue a prévalu, et le latin remplaça le grec…
  • Au moment d’évangéliser les pays slavons, les deux frères Cyrille et Méthode , envoyés par Rome, au IX ème sciècle sont restés fidèles à l’Esprit de Pentecôte en inventant un alphabet spécial pour traduire en slavon la Bible et célébrer la messe dans cette langue. L’alphabet « cyrillique » n’aurait pas existé sans la fête de Pentecôte !
  • À l’inverse, au XVII° siècle, la querelle des rites chinois montre que l’Église résiste parfois à cette inspiration de l’Esprit Saint : le pape Clément XI, mal conseillé par les dominicains adversaires des jésuites, mit fin en 1704 à l’expérience chinoise inspirée par Mattéo Ricci (jésuite) où l’eucharistie était déjà célébrée avec les mots et les rites de la culture chinoise. Hélas, les conséquences s’en font sentir aujourd’hui encore ?
  • Plus près de nous, Charles de Foucauld en Algérie s’est passionné pour la langue touarègue, et a le premier compilé un dictionnaire et une grammaire français / touarègue. Les Pères blancs, missionnaires du cardinal Lavigerie, en arrivant en Afrique Noire, avaient comme premier réflexe d’apprendre les langues locales et de traduire la Bible.

Bref : célébrer la Pentecôte oblige l’Église à parler la langue de l’autre !

Sans aller en Algérie ou en Russie, quelles sont tout près de nous les « langues » qui attendent d’être « parlées » par l’Église ?

Parler la langue de l’autre, c’est par exemple se passionner pour les musiques différentes et savoir les utiliser pour annoncer l’évangile.

Parler la langue de l’autre, c’est pour les cadres chrétiens d’une entreprise prendre le temps d’écouter, de comprendre, de sentir ce qui fait le quotidien de leurs collaborateurs et des salariés dont ils sont responsables.

Parler la langue de l’autre, c’est pour une communauté paroissiale s’investir dans l’histoire de son quartier, de ses communes, dans le dialogue avec d’autres familles de pensée qui marquent ce territoire. Ici par exemple, sur la côte, tenir compte des deux mentalités la rurale et la maritime… ….

Parler la langue de l’autre, pour notre Église, c’est plonger dans les autres manières de voir le monde qui marquent notre époque : les nouvelles technologies, l’hyper-communication, la concentration urbaine… l’écologie etc pour y annoncer « les merveilles de Dieu » de manière proche, compréhensible, fraternelle, bouleversante, comme à la Pentecôte.

Oui vraiment, prions pour que notre Église ? et donc chacun de nous – se laisse bousculer par l’Esprit Saint, jusqu’à « parler la langue de l’autre » afin de lui proposer de manière compréhensible et fraternelle le mystère pascal , ce noyau dur de notre Foi qui fait vivre dans l’Espérance et la Charité.

En ce jour de Pentecôte il y aurait beaucoup d’autres sujets à aborder ; voilà ce que j’ai choisi de vous partager.

A M E N !