Ignace d’Antioche Enregistrer au format PDF

Vendredi 20 décembre 2019
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Poursuivons notre exploration des écrits des Pères Apostoliques avec le troisième « épiscope » d’Antioche (ville qui se trouve en Turquie actuelle) : Ignace (environ de l’an 70 à l’an 107).

Dans les premiers écrits chrétiens, est appelé « épiscope » celui qui :

  • Organise la communauté,
  • Est garant de la communion dans la charité,
  • Est garant d’un enseignement solide,
  • Est responsable de la vie liturgique dans la communauté.

On peut considérer que l’épiscope est la première manifestation de la fonction ultérieure de l’évêque.

On ignore la date de sa naissance, mais on sait qu’il fut arrêté en l’année 107 et qu’il mourra martyr à Rome, dévoré par les fauves, dans l’amphithéâtre Flavien. Durant son trajet de captivité entre Antioche et Rome, il écrira sept lettres : depuis Smyrne, il écrira aux églises d’Éphèse, de Magnésie, de Tralles, de Rome ; depuis Troas, il écrira aux églises de Philadelphie et de Smyrne ; enfin la dernière lettre est celle qu’il adresse à Polycarpe, épiscope de Smyrne. Polycarpe était disciple de Saint Jean.

Chacune de ses lettres commence par la salutation suivante : « Ignace, dit aussi Théophore,… » (en grec, « celui qui porte Dieu »). Ignace, le premier dans la littérature chrétienne, attribue à l’Église l’adjectif de « catholique », c’est-à-dire « universelle » : « Là où est Jésus Christ », affirme-t-il, « là est l’Église catholique » (Smyrn. 8, 2).

Dans chacune de ses lettres, Ignace développe et défend l’idée d’unité (il est surnommé le « docteur de l’unité »), unité de Dieu, unité du Christ (en opposition aux diverses hérésies qui commençaient à circuler et séparaient, en Jésus Christ, l’homme et Dieu), unité de l’Église, unité des fidèles « dans la foi et la charité ». Il s’agit, en fait, de parvenir à une synthèse entre la communion de l’Église à l’intérieur d’elle-même et la mission, proclamation de l’Évangile aux autres.

Pour Ignace, l’unité est avant tout une prérogative de Dieu qui, existant dans trois personnes, est Un dans l’unité absolue. Il répète souvent que Dieu est unité, et que ce n’est qu’en Dieu que celle-ci se trouve à l’état pur et originel. L’unité à réaliser sur cette terre de la part des chrétiens n’est qu’une imitation, la plus conforme possible à l’archétype divin. Dans la lettre à Polycarpe, il précise le sens de sa mission : « J’offre ma vie pour ceux qui sont soumis à l’Évêque, aux prêtres et aux diacres. Puissé-je avec eux être uni à Dieu. Travaillez ensemble les uns pour les autres, luttez ensemble, courez ensemble, souffrez ensemble, dormez et veillez ensemble comme administrateurs de Dieu, ses assesseurs et ses serviteurs. Cherchez à plaire à Celui pour lequel vous militez et dont vous recevez la récompense. Qu’aucun de nous ne soit jamais surpris déserteur. Que votre baptême demeure comme un bouclier, la foi comme un casque, la charité comme une lance, la patience comme une armure » (6, 1-2).

L’insistance sur la communauté des croyants entre eux et avec leurs pasteurs est continuellement reformulée à travers des images et des analogies éloquentes : la cithare, la corde, l’intonation, le concert, la symphonie. La responsabilité particulière des Évêques, des prêtres et des diacres dans l’édification de la communauté est évidente. C’est d’abord pour eux que vaut l’invitation à l’amour et à l’unité. "Ne soyez qu’un", écrit Ignace aux Magnésiens. Il poursuit, dans cette même lettre : « Prenez donc tous les mœurs de Dieu, respectez-vous les uns les autres, et que personne ne regarde son prochain selon la chair, mais aimez-vous toujours les uns les autres en Jésus-Christ. Qu’il n’y ait rien en vous qui puisse vous séparer, mais unissez-vous à l’évêque et aux présidents en image et leçon d’incorruptibilité. »

Dans sa lettre aux Philadelphiens, on peut lire : « Je vous exhorte à ne rien faire par esprit de querelle, mais selon l’enseignement du Christ. J’en ai entendu qui disaient : " Si je ne le trouve pas dans les archives, je ne le crois pas dans l’Évangile. " Et quand je leur disais : " C’est écrit ", ils me répondirent : " C’est là la question. " Pour moi, mes archives, c’est Jésus-Christ ; mes archives inviolables, c’est sa croix, et sa mort, et sa résurrection et la foi qui vient de lui ; c’est en cela que je désire, par vos prières, être justifié ».

Enfin, dans sa lettre aux Smyrniotes, Ignace précise : « Que personne ne s’enorgueillisse de son rang, car l’essentiel, c’est la foi et la charité, auxquelles rien n’est préférable. »

On retient des lettres d’Ignace quelques points forts :

  • Sa Christologie (Jésus vrai Dieu et vrai Homme, Jésus n’a jamais « fait semblant »)
  • Son ecclésiologie (église Catholique, église de Rome qui préside à la charité)
  • Sa théologie des ministères : place prépondérante de l’évêque, organisation des prêtres et des diacres, au service de Dieu et du peuple.

Sur notre route vers Noël, profitons de ce temps de l’avent pour nous rapprocher de cette unité voulue par Dieu et parfaitement réalisée dans l’Incarnation du Fils de Dieu, unité de vie, unité de foi, unité de communauté dans la charité.

Joyeux et saint Noël