Homélie - 5° dimanche de Pâques Enregistrer au format PDF

Dimanche 10 mai 2020
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Voilà un lien facile à faire entre ce que beaucoup vivent dans ce confinement et le passage d’évangile lu ce dimanche.

Je vous laisse conclure….

Une petite homélie pour ce temps de confinement

en ce 5° dimanche de Pâques ( Jn 14,1-12 )

Vous ne trouvez pas que Jésus est un brin optimiste lorsqu’il compte sur les trois années passées avec les Douze
pour les éclairer sur lui :
« puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ».
Alors, la réaction de Philippe le surprend, et le peine :
« il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas Philippe ? »
 
Arrêtons-nous sur cette méprise qui est à la source de tant de difficultés, familiales ou amicales, professionnelles ou militantes.
On croit que parce qu’on vit ensemble depuis quelque temps,
on se connaît.
On pense que tel collègue dont les habitudes de travail
sont bien connues est largement prévisible.
On imagine qu’un bon repas, une partie de foot,
des journées entière collés les uns aux autres comme pour beaucoup en ce moment, une manif ou des vacances ensemble suffisent pour en savoir assez sur l’autre
au point de le considérer comme une connaissance, un proche.
 
La bévue de Philippe nous renvoie à nos propres incompréhensions.
« Montre-nous le Père, cela nous suffit ».
Nous voyons quelqu’un et nous cherchons un autre !
Parce que nous sommes si peu présents les uns aux autres,
nous passons notre temps à rêver d’autres visages.
Il suffit d’observer par exemple ceux qui ne cessent de pianoter sur leur smartphone
tout en discutant avec leur ami…
Que connaissent-ils de Jésus, ses douze compagnons de route
qui ont partagé son quotidien pendant trois ans ?
il a le pouvoir de guérir, il parle bien,
il suscite l’enthousiasme des pauvres…
Mais Jésus se désole de constater que Philippe et les autres sont passés à côté de son mystère, de son identité la plus intime : l’inhabitation c à d la communion avec son Père.
« Je suis dans le Père, et le Père est en moi ».
Comment n’ont-ils pas vu cela ?
Sont-ils bouchés au point de ne pas avoir deviné
ce qui me fait vivre ? doit penser Jésus.
 
Eh bien, nous sommes souvent comme Philippe,
passant à côté du mystère de nos proches.
Et nous ressentons parfois la tristesse de Jésus :
mes proches ne comprennent pas
ce qui m’habite au plus profond de moi-même.
 
Ce n’est bien souvent qu’après la mort de quelqu’un
que nous nous apercevons qu’en fait nous le connaissions si peu…
 
Le Christ met Philippe sur la voie :
« sois attentif à ce qui m’habite ! »
Pour Jésus, ce qui l’habite c’est le désir de ne faire qu’un avec Dieu, la soif de le chercher à travers toute rencontre.
Et cela se manifeste quand il se met à l’écart du groupe,
pour prier et méditer.
Ou quand il interprète les Écritures comme personne avant lui.
Ou quand il paraît si joyeux qu’il en est transfiguré devant nous,
comme si quelqu’un de plus grand que lui chantait en lui…
 
Pour nos proches, il nous faudra donc être attentif à tel silence,
tel désir de solitude ou de retrouvailles, tel émerveillement
devant la musique, la nature, telle passion enthousiaste …
Et pour nos intimes, c’est encore plus vrai et plus important.
On peut partager la même table, le même lit, les mêmes enfants pendant des années et pourtant s’étonner
de telle nouvelle réaction, telle confidence inédite etc.
 
« Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? »
Que l’étonnement attristé de Jésus nous pique au vif :
et moi, que sais-je vraiment de ceux qui m’entourent ?
de quoi sont faits leurs joies et leurs espoirs,
leurs angoisses et leurs souffrances ?
Et si je devais décrire ce qui les anime,
trouverais-je les mots justes ?
 
Mais alors, il faut que je leur sois davantage présent
pour les connaître mieux !
Et cela commence par moi-même,
à qui je suis si souvent étranger…
 
Je vous laisse conclure….

Amen !

Père Joseph