Deux apôtres, une seule Église Enregistrer au format PDF

29 juin
Vendredi 26 juin 2020
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La liturgie du 29 juin fête ensemble saint Pierre et saint Paul. On oppose souvent ces deux apôtres.

De Pierre, on dit qu’il est le symbole de l’Église-Institution, de la structure ministérielle de l’Église, du compromis avec la Loi, de la difficulté d’aller aux païens, de l’Église « frileuse » comme on dit parfois.
En somme de tout ce que croient pouvoir reprocher certains à l’Église Catholique.

De Paul, on fait le symbole du souffle de l’Esprit, de la primauté des « charismes », de la liberté par rapport à la Loi, du grand large des voyages missionnaires. En somme, de tout ce que certains disent ne pas trouver dans l’Église Catholique. Pourtant l’Église ne craint pas de fêter ensemble Pierre et Paul. Cela ne manque pas d’humour, de l’humour dont Dieu a le secret et qui est toujours riche d’enseignement.

Pierre et Paul étaient différents. Ils ne sont pas arrivés à la foi au Christ et au ministère apostolique de la même manière. Ils n’ont pas eu la même formation.

Tous deux étaient juifs, mais Paul était en même temps citoyen romain. Pierre était toujours resté en Palestine. Paul venait de Tarse.

Mais si on leur avait dit qu’ils étaient opposés, ils n’auraient pas compris.

Pierre croyait au Souffle de l’Esprit qui bouleverse les habitudes (Pentecôte ; Ac 10), à la diversité des ministères (Ac 6, 1-7), au dépassement de la Loi (Ac 10, 15), à l’ouverture missionnaire (Ac 10-11). Il a accepté l’apostolat de Paul.

Quant à Paul, il acceptait mal qu’on le conteste. Il savait organiser les Églises qu’il fondait, faire preuve d’autorité plus que Pierre, commander et trancher quand il le fallait (1 Co 6, 14), affirmer la valeur de la Loi (Rm 9-11) et s’y soumettre (Ac 21, 26). Il tenait à être en communion avec Pierre (Ga 2).

Pierre et Paul étaient différents. Mais ils auraient été scandalisés si on leur avait dit qu’ils étaient les représentants de deux Églises « parallèles », les partisans d’une Église « éclatée ».

Paul a lutté pour que les Églises venues du monde non juif soient reconnues. En même temps, il a voulu que ces Églises estiment et aiment l’Église mère de Jérusalem (cf. la collecte pour elle). Il a maintenu le rôle unique d’Israël dans le dessein de Dieu. Il a refusé que certains se réclament de lui pour créer des divisions dans l’Église (1 Co 1, 10-13).

Pierre avec son entourage a su comprendre Paul. Il a admiré ses écrits, tout en jugeant qu’il était un peu dépassé par eux (2 P 3, 15-16).

L’humour de Dieu est prodigieux.

Pierre et Paul sont morts tous deux pour le Christ à Rome.

L’Église de Rome est l’Église des apôtres Pierre et Paul.

Tous deux sont fêtés ensemble.
Pour être catholique, il faut les prendre tous les deux, en acceptant leurs différences, en refusant de les opposer d’une manière simpliste. Leur union dans la vie et dans la mort est le symbole merveilleux de ce que doit être l’Église du Christ, de ce que doit être l’Église Catholique.

L’attelage imprévisible de Pierre et de Paul peut nous apprendre beaucoup sur notre vie et notre travail dans l’Église Catholique d’aujourd’hui.

Mgr Raymond Bouchex,
archevêque d’Avignon
NB : Messe en l’honneur de saint Pierre et saint Paul,

le lundi 29 juin, à 18 h 30, à Pléneuf.