Conférence autour des abus sexuels sur mineurs Enregistrer au format PDF

Rétrospectives…
Lundi 3 juin 2019
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Lundi 29 avril, s’est tenue une conférence publique organisée par le diocèse de Saint-Brieuc au lycée Sacré-Cœur (Saint-Brieuc) sur le thème « Les abus sexuels sur mineurs… Repérer, prévenir, agir » en présence de Mgr Luc Crépy, évêque du Puy-en-Velay et président de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie ; et de Olivier Savignac, victime d’abus sexuel.

Aujourd’hui âgé de 38 ans, Olivier Savignac parle sans détour de ce qu’il a vécu à l’âge de 13 ans, lors du premier camp MEJ auquel il participait. « Quand on n’a pas été soi-même victime, on ne peut pas comprendre le traumatisme », dit-il d’emblée. Olivier Savignac a été abusé par le directeur du camp, qui s’était attribué le statut d’infirmier malgré un professionnel sur place. Durant les deux semaines de camp, une dizaine de jeunes garçons subiront les gestes de ce directeur, clerc de son état. « Malgré les alertes des animateurs, il n’a pas a été renvoyé, juste déplacé dans un autre camp de jeunes. Pour ma part, ce traumatisme a pris la forme du déni ».

Olivier Savignac ne parlera à personne des agissements de ce directeur, pas même à un abbé qui deviendra son accompagnateur spirituel une fois au lycée. « J’apprendrai douze ans plus tard par des jeunes qu’ils avaient été abusés par ce dernier alors que j’avais mis toute ma confiance en lui ».

Le silence dans l’amphithéâtre est assourdissant.

« J’avais alors le choix de soit tomber dans la folie, soit persévérer dans la foi. Ce fut un enfer… réellement un enfer ». Cela ne s’arrête pas là, lorsqu’il découvre que son propre « bourreau a été nommé expert sur les questions de pédophilie. Ce fut une nouvelle trahison ».

Appel à la tolérance zéro

Olivier Savignac n’oublie pas que derrière ce prêtre, c’est avant tout une personne. Aujourd’hui, c’est avant tout l’homme qu’il condamne.

Malgré les abus qu’il a pu subir, Olivier Savignac n’a jamais perdu la foi et continue de croire en Dieu de façon inébranlable. Il le dit, c’est sa foi qui l’a sauvé. Désormais, il appelle à la tolérance zéro demandée par Benoît XVI « à Rome mais aussi dans chacun de nos diocèses et de nos paroisses. Le Christ ne souhaite pas une telle situation, le Christ vomit les criminels. Ce débat, nous ne devons pas l’avoir que dans l’Église mais aussi avec l’Église ». Ce dernier souligne l’importance de l’écoute qui permettra la libération de la parole des victimes.

Aujourd’hui, Olivier Savignac se présente comme « artiste chrétien qui porte un message d’espoir auprès des jeunes ». Pour lui, ce problème a été mis « sous une cloche de plomb trop longtemps ». Nous devons être des témoins, nous devons signaler. Je vous encourage tous, au titre de la morale chrétienne et au nom de l’éthique citoyenne à faire ce qu’il faut car il y a encore trop de non-dits ». Celui-ci a souligné la chance d’avoir la Conférence des Évêques de France qui reçoit les victimes. « D’autres pays sont à la traîne comme l’Espagne, la Nouvelle-Zélande ou encore les États-Unis », déplore-t-il.

Mgr Luc Crépy prendra la parole juste après le témoignage d’Olivier Savignac, au titre de président de la cellule permanente nationale de lutte contre la pédophilie. Pour lui, le constat est clair : « Oui, l’Église est dans la tempête mais nous n’allons pas quitter la barque. Nous allons l’affronter ensemble ».

Ce dernier reconnaît qu’« il aura fallu du temps pour que le dialogue se fasse, que ce n’était pas simple au départ ». Il pointe du doigt toutes les fausses excuses données par le clergé ou les laïcs qui n’ont pas permis la libération de la parole des victimes : « Tu vas faire mal à l’Église », « Le prêtre a été pris d’un coup de folie » … Rappelant également les propos du Pape François : « La crédibilité de l’Église a été profondément remise en question et affaiblie par ces péchés et ces crimes, mais plus encore par la volonté de vouloir les dissimuler et de les cacher. […] Il n’est pas besoin de redire le scandale que représentent tous les abus sexuels sur mineurs et personnes vulnérables commis par des clercs. Un seul acte est inadmissible, intolérable ; la multiplicité de ceux-ci ne fait que renforcer cet état de scandale ».

L’Église est capable d’affronter cette crise

Mgr Luc Crépy a souligné durant la conférence que « ces abus spirituels sont une cause de cassure avec l’Église. Ce n’est pas parce qu’on est prêtre ou religieux qu’on est au-dessus des autres chrétiens ».

« Dire non aux abus, c’est dire non à toutes formes de cléricalisme », a-t-il martelé devant l’auditoire, paraphrasant les mots du Pape François. Réaffirmant un devoir « d’exigence de crédibilité et d’exigence de l’Évangile », Mgr Luc Crépy a souligné « le tournant pris dans la lutte contre la pédophilie et la pédocriminalité en 2016 avec la création d’une cellule d’écoute pour les victimes d’abus sexuels » ; rappelant dans la foulée une nouvelle fois les propos du Pape François : « Je voudrais redire ici que l’Église ne se ménagera pas pour faire tout ce qui est nécessaire afin de livrer à la justice quiconque aura commis de tels délits. L’Église ne cherchera jamais à étouffer ou à sous-estimer aucun cas ». L’évêque du Puy-en-Velay a voulu montrer toute sa confiance et son optimisme dans la lutte contre la pédocriminalité dans l’Église. « L’Église est capable d’affronter cette crise. Il faut sortir la tête de l’eau même si les vagues sont hautes. Avec tous les baptisés, nous avons un combat à mener et il faut l’affronter ».

Le lendemain, une journée de travail a permis aux prêtres, diacres, représentants de paroisses et responsables de services diocésains de continuer leur travail sur le thème des abus sexuels sur mineurs. L’occasion pour Mgr Luc Crépy, président de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie de rappeler quelques points du cursus de formation au sein des séminaires. « On travaille avant tout sur l’homme de relation qu’est le prêtre, mais aussi sur la sexualité. Il s’agit de comprendre en quoi nous sommes des êtres sexués ».

Ce dernier a rappelé que « les prêtres ne sont pas des surhommes mais simplement des hommes avec leurs richesses et leurs défauts ». Lorsque des abus de clercs sont commis sur des mineurs, Olivier Savignac a souligné l’importance de « rassurer la victime qui peut être sous l’emprise, notamment lorsqu’un adulte dit à un enfant : ‘C’est notre petit secret à tous les deux ».

Cela met en lumière les mots du Pape François : « Il est difficile de comprendre le phénomène des abus sexuels sur les mineurs sans considérer le pouvoir, étant donné qu’ils sont toujours la conséquence de l’abus de pouvoir [et] l’exploitation d’une position d’infériorité ».

Justine GUILBAUD
Responsable diocésaine de la communication et de l’information