Commentaire des textes du 4e dimanche de Pâques Enregistrer au format PDF

Lundi 4 mai 2020 — Dernier ajout mardi 5 mai 2020
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Chers amis voici un résumé de mes lectures sur cette page d’évangile : Jean 10,1-10 que l’Église nous propose en ce 4° Dimanche de Pâques.

Nous avons là deux paraboles apparemment semblables , réunies par Jean.

Dans la première, Jésus se désigne comme le berger des brebis.

Dans la seconde, c’est à la porte qu’il s’identifie.

Les deux images ne se superposent donc pas.

Essayons d’actualiser chacune, et les relations qu’elles entretiennent.

La première parabole évoque Jésus comme celui qui entre par la porte, grâce au portier qui lui ouvre, pour appeler les brebis à sortir. Les Pères de l’Église, habitués à une lecture allégorique, voyaient dans la porte le symbole des Écritures, et dans le portier celui de Moïse, le prophète annonçant Jésus.

Très belle image rurale, mais avouons-le assez étrangère aux citadins que nous sommes devenus. Qui a vu de ses yeux cette scène entre un berger et ses brebis dans une bergerie ? À part les randonneurs en montagne ou les touristes dans les Landes, seule une infime partie de la population – et particulièrement des jeunes – peut savoir d’expérience de quoi il s’agit. Nul doute que Jésus inventerait aujourd’hui une autre parabole… Mais laquelle ?

Il est difficile de comparer le rôle de berger à un rôle social actuel.

On pourrait penser au leader d’un groupe, au meilleur sens de ce terme. Un leader est par définition celui qui conduit son peuple. En temps de crise, un leader comme De Gaulle est celui qui va à la rencontre du peuple français pour le faire sortir de l’Occupation.

Par contre l’ambivalence du mot montre qu’il n’est pas facile de discerner qui est un vrai leader. Hitler s’est fait appeler le Führer, le guide, en prétendant justement sortir le peuple allemand de l’humiliation de 1918 et de l’inflation de la crise de 1929… Mussolini a lui aussi sali ce terme en se faisant appeler le « Duce », le « conducteur ».

En français, le mot dirigeant reste connoté négativement. Le comportement scandaleux de dirigeants qui se servent au lieu de servir, qui tondent la laine des brebis au lieu de les nourrir, a trop compromis ce terme pourtant très noble.

Il y a un mot qui désigne le ministère pastoral des prêtres et qui pourrait convenir : la présidence.

Présider, c’est faire sortir les gens hors de chez eux, les rassembler dans l’Église, les rendre libres, les nourrir de la Parole et des sacrements, les renvoyer à leurs responsabilités dans le monde.

Quant à l’image de la porte, la deuxième parabole, elle reste très parlante. « Je suis la porte »  : on voit bien qu’en disant cela, Jésus invite à passer par lui pour aller vers Dieu, vers « la vie en abondance ».

Les portes d’aujourd’hui sont multiples ; elles sont virtuelles le plus souvent. Le portail Internet d’un groupe est la page qui permet d’entrer sur une multitude d’autres sites. Un port USB est l’interface qui permet de passer d’un appareil à un autre, d’échanger des données… « Interface est un mot qui reprend le meilleur de la porte (inter = entre deux mondes) et du visage (la face) ».

Jésus est l’interface par excellence !

Il conduit vers le Père ; il est le Médiateur ; il appartient à la fois au monde des hommes et au monde de Dieu ; dans l’eucharistie il assure « l’admirable commerce » entre Dieu et les hommes… Bref : « prendre la porte » en christianisme, c’est être uni au Christ pour aller vers Celui qui est la source de « la vie en abondance ». Le moment le plus solennel de l’eucharistie le chante avec force : « par lui, avec lui et en lui, à toi Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit… ».

Entre le berger et la porte, entre la présidence et l’interface, il y a des points communs : rassembler / faire sortir, appeler / faire passer.

Ceux qui assument des responsabilités en entreprise, dans une association, une famille etc. se reconnaîtront dans ce portrait .
(le baptême fait de nous d’autres Christs).

Un vrai dirigeant n’entrera pas par effraction dans le travail de ceux qu’il doit conduire.

Il ne se servira pas au passage.

Il aura à cœur de faire grandir collaborateurs et clients, de leur permettre « d’aller et venir ».

Un vrai dirigeant désirera pour eux « la vie en abondance » et non pas l’abondance d’argent ou de pouvoir pour lui-même.

Un vrai dirigeant ; ce qu’est Le Christ-bon Berger.

En effet le bon berger qu’est le Christ nous associe à son leadership.

Et : y être associé, cela peut transformer l’exercice de toute responsabilité…

Et donc de chacun de nous. Nous sentons nous concerné par le leadership du Christ bon Pasteur ?

Telle est me semble-t-il l’interpellation qui nous est adressée ce dimanche. Je vous la transmets telle qu’elle m’est apparue.

Bon Dimanche et bonne semaine.

Votre frère Joseph.