Clément de Rome Enregistrer au format PDF

Lundi 4 novembre 2019
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Comme évoqué en conclusion de l’article du mois d’octobre, nous allons retrouver un Père Apostolique, Saint Clément de Rome, pour ce mois de novembre.

Né aux environs des années 30, évêque vers 92 ou 93, mort aux alentours des années 100, Clément est le troisième successeur de Pierre comme évêque de Rome (Pierre, Lin, Anaclet, Clément, …). Selon les écrits de Saint Irénée, évêque de Lyon jusqu’en 202, « Clément avait vu les apôtres, il les avait rencontrés, et il avait encore dans l’oreille leur prédication et devant les yeux leur tradition. »

La seule œuvre qui soit certainement de lui est une « lettre aux Corinthiens ». On attribua à cette lettre un caractère quasi canonique. Au début de son texte, Clément se lamente du fait que des adversités imprévues, arrivées l’une après l’autre, l’ont empêché d’intervenir plus opportunément ». Par ces « adversités », il faut comprendre la persécution par Domitien (51-96), on peut en conclure que la lettre doit remonter à une période suivant immédiatement la mort de l’empereur, soit l’année 96. Pour mémoire, en 96, Saint Jean vivait encore à Éphèse…

L’Église de Rome envoie trois députés, porteurs de la lettre, à Corinthe, ce qui affirme l’autorité de la communauté romaine. Clément, dans cette lettre, intervient dans une communauté turbulente où de jeunes éléments avaient écarté des membres chevronnés du collège presbytéral. Il écrit en homme qui veut être obéi. Cette lettre fut tenue en très grande estime dans l’antiquité, et lue, jusqu’au IVe siècle, dans de nombreuses Églises. Le langage de Clément, très romain d’allure, est empreint de calme modération. Il est certes celui d’un évêque conscient de sa fonction et de son autorité, mais jamais il ne se départit d’un accent de profonde bonté et de bienveillante douceur.

Dans sa lettre aux Corinthiens, Clément s’attache aussi à combattre toute jalousie, à prêcher l’humilité, la concorde et la charité. Déjà, dans ses lettres aux Corinthiens, Paul les exhortait (les épitres datent des années 56-57) à être davantage unis. (1Co 1,10-12 ; 2Co 12,20)

De cette lettre de 65 chapitres, je vous propose deux extraits pour nourrir notre méditation de ce mois, en étant persuadé de l’actualité de ces mots écrits au cours du premier siècle :

« Que celui qui a la charité du Christ accomplisse les commandements du Christ. Qui peut expliquer le lien de la charité divine ? Qui est capable d’exprimer son extrême beauté ? La hauteur où la charité nous élève est ineffable. La charité nous unit étroitement à Dieu, « la charité couvre la multitude des péchés », la charité souffre tout, supporte tout ; rien de bas dans la charité, rien de superbe ; la charité ne fait pas de schisme, la charité ne fomente pas de sédition, la charité opère tout dans la concorde, la charité consomme la perfection de tous les élus de Dieu. Sans la charité, rien ne plaît à Dieu. C’est par la charité que le Maître nous a élevés à lui ; c’est à cause de la charité qu’il a eue pour nous que Jésus-Christ Notre Seigneur, docile à la volonté de Dieu, a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, son âme pour nos âmes. Vous voyez, bien-aimés, combien la charité est une grande et admirable chose, et qu’il n’y a pas de mots pour expliquer sa perfection. »

« Qu’il demeure donc entier ce corps que nous formons en Jésus-Christ ! Que chacun respecte en son prochain le charisme qu’il a reçu. Que le fort prenne souci du faible, que le faible respecte le fort. Que le riche secoure le pauvre, que le pauvre rende grâce à Dieu de lui avoir donné quelqu’un qui subvienne à ses besoins. Que le sage manifeste sa sagesse non par des paroles, mais par de bonnes œuvres. Que l’humble ne se rende pas témoignage à lui-même, mais qu’il laisse ce soin à d’autres. Que celui qui est chaste dans sa chair ne s’en glorifie pas, sachant que c’est à un autre qu’il doit sa continence. Pensons-y, frères, de quelle poussière avons-nous été formés ? Quels étions-nous, à notre entrée en ce monde ? De quelle mort, de quelles ténèbres notre Créateur nous a-t-il tirés, lui qui nous a formés et conduits dans ce monde qui lui appartient et où il avait préparé pour nous tous ses dons dès avant notre naissance ? Puisque c’est de lui que nous tenons tous ces bienfaits, nous devons lui rendre grâces de tout. À lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen. »

Rendez-vous le mois prochain pour un autre Père Apostolique.