Année A - 13° dimanche du temps ordinaire Enregistrer au format PDF

Mercredi 1er juillet 2020
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Chers amis, quelle trajectoire suit un avion de ligne pour aller de Hong-Kong à Chicago ?

On aurait envie de prendre sa règle et de tracer un trait entre ces deux villes sur la carte. Appliquant le vieux principe que la droite est le plus court chemin d’un point à un autre. Or cet axiome n’est vrai que pour les espaces plats ; ce n’est pas le cas pour la Terre, car elle est sphérique ! Notre avion de ligne suivra en réalité une courbe le long du globe. Calculé en fonction du vent et de la rotation de la Terre, cet itinéraire passait autrefois par le détroit de Behring or il passe désormais au-dessus du pôle Nord, car plus court et moins coûteux.

Que retenir de ce rapport pour les avions avec nos lectures bibliques de ce jour ?

Tout est une question de référentiel. Si on en reste à une vision à plat, sans transcendance, il est clair que c’est l’humanisme qui permet de relier les hommes entre eux. Dans un espace à plat, à deux dimensions, la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre, et symbolise l’humanisme moderne cherchant à relier les hommes entre eux. C’est le projet du monde occidental : se passer de Dieu, se passer de la transcendance, pour construire une société humaine fraternelle.

Mais Y arrive –t-elle ?

Si l’on passe en trois dimensions, si on accepte la transcendance, alors le raccourci séculier et laïque n’est plus du tout évident, ni le plus rapide ! Le détour par Dieu est paradoxalement le plus court chemin pour relier un père à son fils, une fille à sa mère…

Ce que Jésus exprime par cette déclaration presque choquante dans l’évangile de ce Dimanche :

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10,37)

Eh oui ! De même qu’il est plus rapide et moins cher de passer par le Pôle Nord pour aller de Hong-Kong à Chicago, de même il est plus performant et plus durable d’aimer nos proches en Christ, à partir de Lui, plutôt qu’en eux-mêmes ! Alors Voyons cela :

Examinez pour vous en convaincre l’ambiguïté fréquente des situations familiales d’aujourd’hui : on se sépare, on se blesse, on s’éloigne entre conjoints, parents et enfants…

Et en même temps, la famille, même recomposée, reste en tête du hit-parade de toutes les valeurs des français dans les sondages. Nous voulons aimer nos proches, tout en faisant l’amère expérience de ne pas y arriver vraiment.

Voilà pourquoi aimer son mari ou sa femme plus que le Christ est une impasse : c’est en réalité une idolâtrie qui nous condamne à la déception, car l’être aimé n’est pas Dieu.

Alors que partir du Christ pour aimer l’autre peut faire réussir le désir de communion, le désir d’intimité et de respect qui anime le projet conjugal et familial.

Si j’aime le Christ plus que mon père, alors je puiserai en Lui la force de pardonner à mon père, je puiserai en Lui la joie de le servir dans sa vieillesse comme le Christ a lavé les pieds de ses amis, je puiserai en Lui l’espérance de sa résurrection au dernier jour.

Passer par le Christ nous permet de relativiser nos attachements et de ne pas tout ou trop attendre de ceux que nous aimons. Ils n’ont pas à être parfaits, ni à prendre toute la place, ou à nous empêcher d’être nous-mêmes. Nous pouvons les servir avec l’humilité du Christ, les accompagner avec la sagesse de l’Esprit du Christ, les estimer pour ce qu’ils sont aux yeux de Dieu et non aux yeux des hommes.

D’ailleurs, relisez dans les quatre évangiles les passages où il est question du lien de Jésus avec sa propre famille. Le moins que l’on puisse dire est que ce lien n’est pas que naturel ! Jésus remet en cause les liens du sang pour les subordonner à ceux de l’amour venant de Dieu.

  • Jésus réaffirme l’importance de la famille, en rappelant notamment le Décalogue, où le 5° commandement de Dieu porte sur le respect des parents (Mt 15,1-9)
  • On peut s’aider entre frères et sœurs à suivre le Christ ! voyez (en Mt 4,18-21 pour) Simon et André, Jacques et Jean.

Jésus relativise aussi l’emprise familiale :

Il montre son indépendance dès son plus jeune âge (Lc 2,41-52). Sa « fugue » vers l’âge de 12 ans est restée célèbre ! Il y a des ‘transgressions’ positives…

  • La foi en Christ pourra même parfois diviser les familles ; on voit cela en Mt 10,35-39)
  • En temps de persécution, beaucoup seront capables de vendre père et mère pour échapper à la mort… c’est en Mt 10,21)
  • D’autre part, Jésus incompris de sa propre famille, n’a pas peur de les remettre à leur place. Allez voir cela en Mc 3,20-21).
  • Jésus sait aussi que les familles humaines ont tendance à être possessives, alors elles ont besoin d’être converties à l’amour gratuit , (c’est en Mc 3,31-35).
  • Jésus se méfie également de l’attachement maternel trop envahissant ; (allez voir Jn 2,3-5 ou Mt 20,20-23).
  • Finalement, c’est toujours un défi que de parvenir à s’aimer en vérité entre membres d’une même famille ! pensez à Caïn et Abel, Ésaü et Jacob, Joseph et ses frères etc…)

Dans la première lecture (2R 4, 8-16), on voit que, grâce au prophète Élisée, la vieille femme stérile de Surinam va pouvoir à sa grande surprise agrandir sa famille par une naissance inespérée. Sans le détour par ce prophète de Dieu, il n’y aurait pas eu de fécondité pour elle !

Donc idolâtrer sa famille c’est la mal aimer. C’est risquer de tomber dans des idéologies racistes, ethnocentriques ou communautaristes. Les mafieux ne sont-ils pas les plus attachés à la valeur famille ? Les liens du sang sont donc à convertir, pour les intégrer dans une réalité plus grande , une réalité « sur-naturelle », qui leur donne tout leur sens et leur épanouissement.

Ainsi Marie est-elle honorée parce qu’elle a toujours été la servante de Dieu, prompte à mettre sa parole en pratique. Elle est bienheureuse parce qu’elle a mis l’amour de Dieu au centre de sa vie, au point d’intersection de tous ses amours, plus que parce qu’elle a engendré physiquement le Messie.

Ecoutons ce que rapporte Saint Luc : (Lc 11,27-28)

Or il advint, comme il parlait ainsi, qu’une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » Mais Jésus dit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent ! »

C’est ce point focal, souvent caché, invisible, qui rend le faisceau de nos attachements cohérent ou incohérent.

Comprenons donc que passer par Dieu est le plus court chemin d’un père à sa fille, d’un fils à sa mère, de deux amis entre eux, d’un homme à un autre.

Chers amis, réexaminons les relations qui nous tiennent le plus à cœur. Demandons nous ce que cela changerait dans nos relations si nous les faisions passer par le Christ, comme l’avion par le Pôle Nord pour relier Hong-Kong à Chicago.

Oui, exerçons-nous à aimer nos proches en Dieu, à partir de Lui, jamais sans Lui…

A M E N !