À Diognète Enregistrer au format PDF

Vendredi 12 juillet 2019 — Dernier ajout dimanche 22 septembre 2019
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Tout au long de cette année, des extraits des écrits des Pères de l’Église nous ont accompagnés pour les différentes fêtes liturgiques. Pour cette période estivale, je vous propose de découvrir un texte intitulé « à Diognète ».

Ce texte recèle des pépites qui méritent d’être mises au jour et travaillées dans la réflexion. À Diognète « est profondément imprégné de l’enseignement du Nouveau Testament, dont il combine avec aisance l’apport des divers écrits » (H. I. MARROU, Sources chrétiennes n°33bis).

Les différents spécialistes s’accordent pour fixer sa rédaction entre 190 et 200. Il n’y a, en revanche, aucune certitude quant à l’identité de son auteur ou au lieu de sa rédaction. Le destinataire, Diognète, peut être considéré comme une personne particulière ayant existé ou comme un nom symbolique (littéralement « Enfant de Zeus ») désignant collectivement les amis païens de l’auteur.

Cet écrit est l’œuvre d’un chrétien lettré s’adressant à des païens tout aussi cultivés. L’auteur prête à son lecteur 8 questions qui peuvent être l’écho de discussions réelles (1,1) :

« Je vois, excellent Diognète, avec quelle ardeur tu veux t’instruire sur la piété des chrétiens, et avec quelle clarté et quel soin tu cherches à t’informer à leur sujet.

1. À quel dieu ont-ils donné leur confiance ? 2. Comment le célèbrent-ils ? 3. Comment se fait-il que tous dédaignent le monde 4. et méprisent la mort ? 5. Pourquoi ne tiennent-ils pas compte des dieux reconnus par les Grecs 6. et n’observent-ils pas la superstition des juifs ? 7. Quelle est cette vive affection qu’ils ont les uns pour les autres ? 8. Enfin, pourquoi donc ce peuple nouveau (ou ce nouveau genre de vie) a-t-il commencé à exister de nos jours, et non auparavant ? » Les réponses aux 8 questions sont réparties dans l’ouvrage. Je vous propose de nous arrêter sur 3 paragraphes (repérés par un chiffre romain). Le texte est celui établi dans l’ouvrage « Premiers écrits chrétiens », collection la Pléiade, Gallimard, pages 810 à 821. Pour les mois de juillet et d’août, nous allons découvrir un extrait du paragraphe n°5 ; nous poursuivrons cette découverte avec le numéro de la revue paroissiale de septembre.

La situation des chrétiens dans le monde

« (V) Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres ; ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine.

Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire.

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent ; ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité.

En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. »

À suivre en septembre, je vous souhaite un bel été !